Temps, vent et thé.

Assise sur la berge, Claudia laisse le vent caresser son visage. Ses cheveux roux sont balayés vers l’arrière. Ils ondulent comme un feu brûlant. Elle prend cet air de liberté et se sent en vie.

Elle ouvre les yeux et ce sentiment se dissout. Elle retrouve ses pensées quotidiennes de travail, du budget et des comptes à rendre. Elle n’a pas beaucoup de moyen, mais se permet de petits plaisir en s’achetant différents type de thés. De l’eau chaude et une promenade sur le bord de la mer, ça ne coûte pas chère.

La mer l’inspire et l’apaise. Elle s’imagine à voguer sur les eaux et à se laisser bercer sur les vagues. Le thé l’aide à donner de la  saveur à ses voyages. La semaine dernière, elle profitait d’un galion Espagnol au Soleil couchant. Celle d’avant, c’était une barque orientale avec un soupçon de cours d’eau Amazonien. Le vent sur le visage, aucune contrainte de temps et les saveurs du monde à sa portée. Elle se dit qu’elle n’est pas faite pour être sur terre.

De retour dans le réel, elle marche vers son studio. En route, elle s’arrête chez son herboriste. Celui-ci lui présente les dernières variétés qu’il a reçu. Quelque chose la distrait ; une vieille femme au regard bridé la dévisage. L’herboriste dit à Claudia de ne pas faire attention à sa mère, qu’elle aime observer les gens. Claudia détourne les yeux et choisit une sorte qui vient de Terre-Neuve. La dame proteste avec un charabia qui devait être du chinois. Son fils semble la rabrouer tandis que celle-ci trotte tranquillement vers l’arrière boutique.L’herboriste s’excuse et lui dit le prix. Claudia sort son porte-monnaie et compte ses sous.

Au moment de payer, la vielle revient à petits pas. Elle s’exprime avec un flot d’onomatopées qui n’aide pas la confusion de Claudia. L’herboriste argumente avec sa mère et finit par céder à sa demande. Il donne à Claudia un sachet de thé, fait à la main, qu’elle lui a mise dans la main. Il lui dit que sa mère assure que c’est le goût qu’elle recherche, que ce sera à prendre au moment qu’elle se sentira le plus libre. À cet instant, elle pourra emprisonné cette liberté et la garder à jamais.

Claudia prend le sachet et le sert poliment dans son sac à main. L’herboriste lui fait comprendre qu’elle est vieille et qu’elle s’amuse à concocter des potions magiques et à confectionner des grigris. Il suffit de jouer le jeu pour la rendre heureuse. Claudia lui fait un sourire, un peu forcé, et sort en le remerciant. La vieille lui envoie joyeusement un signe de la main avec un rire édenté.

*****

Une odeur de morue et d’un pont mal lavé lui viennent aux narines. Elle navigue sur un bateau de pêche. Les filets devant elle sont remplis de poissons qui gigotent. Elle continue à rêvasser pendant sa marche. Elle aperçoit même un navire au loin. Elle sourit. C’est la première fois qu’elle a la vision d’une autre embarcation dans une de ses rêveries. Il a de grandes voiles et la prestance d’un navire d’empereur. Elle veut le voir de plus prêt. Elle pousse son fantasme à l’approcher rapidement et à l’accoster. Une échelle de cordes est lancée et elle l’attrape pour ensuite grimper à bord.

Elle se promène sur le vaste pont. Le bois est d’une belle rougeur. Les voiles sont d’un blanc éclatants. Elle les regarde se gonfler de vent tandis qu’il s’éloigne de l’embarcation de pêche. Elle caresse le mat puis s’avance à l’avant. Le vent fait tourbillonner ses cheveux et elle se sent légère. Elle n’avait jamais été aussi loin dans son imagination. Elle s’arrête à la proue. Maintenant, elle ne voit que l’horizon. Elle ferme les yeux et profite de cet instant d’extase où le monde s’ouvre enfin à elle. Plus de contraintes, plus cage. Elle se sent chez elle. Elle souhaiterait ne jamais quitter cet endroit. Elle se rappelle vaguement la terre ferme, son travail, son studio, l’herboriste, la vieille dame… son sac à main… le sachet…

*****

Le navire vogue sur les belles vagues couleurs marines. Le vent de l’Est dans les voiles emporte le bateau vers un nouveau voyage. Le Claudia se dirige à l’ouest sur le Pacifique. Le Soleil illumine la boiserie de la coque et la figure à sa proue, une belle sirène au cheveux roux. Elle fixe l’horizon d’un regard enflammé.

Le vent sur le visage, aucune contrainte de temps et les saveurs du monde à sa portée. Elle n’était pas faite pour être sur terre.

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Castellamare Del Golfo, Sicile – Partie 2

Je le reconnais. Il vient d’entrer dans le bar. Cheveux court avec des pointes sur la tête, polo fuchsia et un grand sourire argenté. Il a le même air que sur la photo. C’est pas difficile de repérer un adulte avec des broches. Lucas s’exclame « Pasquale ». Il se retourne et s’élance vers nous, heureux de voir mon gardien. Les deux s’embrassent sur les joues. Pasquale fait le tour et Lucas finit par me présenter. Je me demande si mon visage me trahi ou s’il pense que je n’ai pas envie de prolonger le contact. Il me lâche et se désintéresse rapidement de ma personne.

Lucas fait venir quelques rondes de vodka. L’homme est très organisé parce qu’à chaque shooter que j’ai dans les mains, ça se trouve à être de l’eau. Il veut me garder alerte. C’est effrayant. Je me sens désarmé dans une situation si planifiée. Il faut avoir peur des gens intelligents. Ils peuvent contrôler, influencer ou manipuler ceux qui ne les craint pas suffisamment. Ils peuvent vous faire croire qu’il n’y a rien à craindre aussi. Moi, je ne suis pas intelligent, je suis un créatif… un rêveur plutôt. Des histoires qui découlent de ce moment, j’en ai pleins la tête. Comment la soirée va finir? J’espère juste que ce ne sera pas, moi, allongé dans un caniveau avec une teinture rouge et décoré de trous.

Le groupe veille tard. On finit par prendre une marche après la fermeture du bar. Pasquale fait des simagrées et essaie de rester droit dans ses zigzags. Lucas raconte des blagues qui font mourir de rire Pasquale. Je devrais pas dire mourir de rire, mais c’est tout ce qui se passe dans ma tête. J’ai peur de la mort qui approche. Sa mort.

Lucas se tait et pousse Pasquale dans un le coin d’une ruelle et m’envoie devant. Il le pointe à deux doigts et me fait mine d’appuyer sur la gâchette. Il ajoute un beau « boum » pour être sûr que le petit canadien comprenne. Je soutiens son regard un instant. Pasquale saisie rapidement ce qui se passe et cherche les yeux de Lucas, qui continue à me fixer. Je me tourne vers Pasquale et jette un oeil rapide à mes ravisseurs. J’ai espoir que c’est une farce et qu’ils vont s’esclaffer. Erreur, mon ami. La réponse est : non. Ils n’ont pas besoin de le dire. La main d’Alphonzo n’est pas loin de son arme. Pas besoin d’être très imaginatif pour le voir sous le veston.

Je sors le fusil et je le pointe sur Pasquale. C’est ma vie ou la sienne. Je ne joue pas de rôle. Ça se voit dans ma face que je ne veux pas. Il le sait et Pasquale se moque de moi en déblatérant je-ne-sais-quoi à Lucas. Mon doigt est mou sur la gâchette. On ne tue pas par accident. Il faut réellement vouloir. Je me connais aussi. Ça me prend une motivation suffisamment forte. Le voilà qui fanfaronne et me parodie avec mon revolver. Il me distrait à peine. Est-ce que j’ai une assez grande envie de vivre pour tuer?

Deux détonations rapides. Pasquale s’est écroulé sur le sol comme un poltron. Je suis calme. J’avais ma réponse.

Par terre, il se pisse dessus et me dévisage. Il a eu la peur de sa vie. Je continue à le fixer et je vois bien qu’il n’est pas touché. Aucune trace sur le mur derrière. Ça me frustre de pas comprendre. Lucas s’allume une cigarette. Je tourne la tête au contact de sa main sur mon épaule. Il reprend le fusil que je tiens encore pointé. Il a un sourire malin. C’est un jeu. Un putain de jeu.

Il passe devant moi et se penche sur Pasquale. Il lui montre mon revolver, le jette et sort le sien. Il lui parle à voix basse, lui donne une claque et se relève. Le pauvre acquiesce sans rouspéter. Lucas m’ordonne de marcher et j’obéis.

Alphonzo me dépose à l’appartement et s’en va sans un au revoir. Je suis laissé à moi-même avec ce que Lucas a implanté dans ma tête. J’ai dû mal à croire qu’il m’a donné un tel pouvoir. Je peux sacrifier la vie d’un autre pour la mienne. Appuyer sur la gâchette, c’était mon choix. Je suis forcé de l’admettre : je me suis tué ce soir et j’ai ressenti une douce satisfaction.

À mon retour au pays, ça n’a pas été compliqué de continuer.


Catania

La ville dégage une forte odeur d’urine. Les chiens sont partout et négligés. Les itinérants comme les cabots se sont appropriés ce coin du monde remplit d’édifices et de poubelles pour en faire un royaume de la puanteur. Même la marina a oublié sa fraîcheur et l’a échangé pour la pourriture.

Personnellement, j’en ai rien à foutre. Je suis venu chercher ma filleule. Elle a sacré le camp il y a deux mois. Je lui cours après en suivant les traces de cartes de crédit. Ses parents ne les ont pas annulées encore. Si ça avait été de moi, j’aurais annulé les cartes et la petite aurait probablement rappliqué en pleurant. Mais bon, ce n’est pas la meilleure façon de réparer les pots cassés. La petite a 17 ans et jamais eu d’emploi. Elle a vécu dans son petit paradis et a décidé qu’elle se définirait autrement.

Je leur ai dit que je la ramènerais. C’est moi qui lui a mis l’idée dans la tête. Pas directement, mais quand elle était enfant j’avais beaucoup de discours sur les chaines sociales. Je suis un célibataire avec un incessant questionnement de lui. Veux, veux pas, ces genres de commentaires font leur chemin à l’adolescence. Adulte, on déblatère des concepts en gardant en tête nos responsabilités. Adolescent, on voit notre vie se dessiner comme un entonnoir. Ça descend et se précise à ne plus pouvoir faire marche arrière. La petite est pas conne. Elle essaie de renverser la vapeur.

Je suis passé au dortoir où elle a réservé un lit. Elle n’y est pas présentement. Je m’assoie au café d’en face et j’attends. Un, deux, trois café. Je suis patient. Deux, trois croissants. Je peux pas lire ou écrire, ça me distrairait.  Je griffonne. Ça sent le café, mais le vent me ramène l’odeur de pisse de temps en temps. L’humidité me fait un beau mélange poisseux de déchets et de fond de vomi. C’est pire que la cigarette. J’ai arrêté quand elle est née. Je me suis dit que je serai un bon exemple. Toute qu’un exemple…

La voilà. 19h42. Un petit changement de linge avant le souper peut-être. Elle entre et je traverse la rue. Un petit tête-à-tête l’attend dans l’entré. J’attends encore. Des pas rapides descendent les marches et s’arrêtent soudainement. J’ai déjà reconnu le rythme. Elle sait et je sais. C’est terminé.

Elle s’approche et me fait un câlin. J’ai l’impression d’être un oreiller qu’on colle la nuit pour un peu de compagnie. On ne dit pas un mot. Quand l’aventure perd de son sens ou a accompli sa tâche, on ne sait plus comment l’arrêter. Je la serre un peu plus. On ne dit pas non à de l’attention. Elle relève le visage et c’est un grand sourire comme son père et des beaux yeux remplis d’eau comme sa mère qui me regardent. Je lui pointe l’escalier. Elle redescend plus tard avec ses affaires.

Dans l’avion, il n’y a pas grand chose à dire. Elle a pris des couleurs et perdu du poids. Elle est détendue. Fatiguée aussi, je pense. C’est dur de briser ses chaînes. Si elle avait vraiment voulu disparaître, elle n’aurait pas garder les cartes de crédits. Elle se tourne vers moi et me prend la main. Elle la serre un instant et l’accote sur son visage. La petite remet ma main sur la garde et s’installe avec ses écouteurs. Elle a le visage paisible. Elle retourne chez elle.

Moi aussi. Je l’ai retrouvé, c’était tout comme si je retournais chez moi.

 

 


Hostaria Delle Terme Romane – La serveuse

C’est à ce bistro qu’elle travaille. Un vrai petit bijou. Elle sert quelques clients et suit avec la commande d’une autre table. Elle n’est pas totalement consciente de sa beauté ; Naturelle, candide, vivante … heureuse. Sa peau est d’un pâle chocolat. Son visage, effilé avec un nez fin. Des beaux grands yeux bruns noisettes. Le bassin est délicat, et un simple déhanchement encourage automatiquement les clients à l’admirer. Son linge ne nous crie pas de la regarder, c’est son corps qui nous lance l’appel.

Le restaurant n’est pas très gros et la serveuse est seule à l’accueil. Alex, lui, vient tous les jours prendre un espresso en espérant attirer son attention. Il lui dit bonjour ou sourit et Sophia le lui rend toujours, par politesse. Pour passer le temps, il compose des haïkus et dessine dans un carnet.

IMG_1312Quand il ne peut pas de jour, il vient de soir et se prend une coupe de vin. Il se pourrait que ça l’aide à surmonter sa gêne un jour. Il devrait essayer d’ouvrir la conversation, mais il ne fait qu’attendre et la regarder en se perdant dans son imagination. Il espère qu’elle s’approche et lui pose une question. N’importe laquelle. Pourquoi vient-il chaque jour? Qu’est-ce qu’il écrit? Qu’est-ce qu’il fait ce soir? Briser la glace avec une étrangère qui n’en est pas complètement une.

Alex reprend une gorgée de son vin. Il est passé après le souper au lieu de rester à regarder des émissions à la maison. Il n’y avait encore que de l’attente. Il se demande s’il attend trop. Est-ce qu’il attend peu importe où il est?

Ce soir, Sophia a l’aire de s’ennuyer ou bien elle est fatiguée. Elle attend aussi. Elle attend quoi? ou qui? Elle regarde dehors. Elle évite de fixer les clients. Alex espère croiser son regard mais dès que ça arrive il tourne la tête ou dirige son attention sur quelque chose à côté. Comme si c’était par accident. Il a peur qu’elle lise dans ses yeux et qu’au retour il puisse y lire aussi ; Le malaise, la crainte, le rejet, le refus, le dégoût.

Sophia n’est qu’un fantasme. Une image qu’on se plaît à regarder, qu’on se plaît à imaginer accroché à son bras… à ses lèvres. Bon nombre voudrait goûter à cette bouche et le nombre de personne que l’on aimerait embrasser tendrement sans conséquences. Simplement parce qu’on veut savoir ce que c’est de caresser des lèvres une beauté naturelle qui se démarque par sa personnalité, ce qu’elle dégage. On nous sert de moins en moins du vraie en relation. On veut le rêve. Elle, elle sert les breuvages et alimente l’imagination d’Alex. En dehors du restaurant, elle a une vie bien à elle. Des moments heureux accompagnés de plus douloureux.  L’herbe n’est pas toujours aussi verte chez le voisin. C’est plus facile de s’apitoyer et de comparer. Elle ne lui dirait jamais, oui.

IMG_1320Alex prend un coup de conscience. Il est prisonnier d’un cirque qu’il s’est créé. Ça l’épuise tout d’un coup. Il se rend bien compte que ses rêveries le font tourner en rond. Cette soudaine solitude lui fait mal. Il se lève et va régler sa note. Sophia jette un œil à la table. La coupe de vin est encore pleine. Il n’en a pris qu’une gorgée. Elle lui demande si la journée a été maussade. Alex sort un billet qu’il tend et fige. Il la fixe en ne saisissant pas trop si c’était un commentaire ou une question. Il reste là sans savoir quoi répondre. Elle pointe sa coupe et fait un commentaire sur ses airs pensifs (c’est plus poli que dire triste). Il lui bafouille un oui, baisse la tête et rallonge son bras pour qu’elle prenne le billet.

 

Elle règle la commande et lui rend sa monnaie. Il laisse 1 dollar dans le bol à pourboire. Il fait quelques pas vers la sortie et elle lui souhaite que ça s’arrange. Quoiqu’il arrive dans le noir, il y a toujours un brin de lumière qui fait son chemin. Il lui sourit timidement et sort.

Alex marche doucement vers son appartement. Il se laisse aller dans son imagination. Ce n’était rien de plus qu’un mot d’encouragement. Elle voulait juste aider un bon client à retrouver le sourire. Pourtant, Alex est revenu sur sa décision de ne plus revenir au bistro. Il y avait maintenant une perche de tendue. Il avait de nouveau l’espoir de transformer un fantasme en réalité. Un jour viendra où il lui demandera de s’assoir et prendre un café avec lui. Un jour.

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Un brin de lumière, ça ne s’éteint pas facilement. Qu’il soit imaginé ou réel, on vit très bien dans ses attentes.


Caffé Enny, Sicile – Partie 1

Je arrive au lieu du rendez-vous. Me voilà avec ma gueule de touriste dans un café Sicilien. Je n’avais pas l’intention de manger, mais je me laisse tenter par l’offre du serveur et pointe un sandwich avec pain baguette. Je voulais juste un espresso. Bon, allez! on y ajoute une bouteille d’eau. Je dis oui trop vite.

IMG_1111L’endroit est une sorte de cafétéria lounge avec un comptoir de dépanneur en coin. C’est assez sympathique et pas très achalandé. Je vais sûrement me prendre une gelato en sortant. Quelques locaux font leur entré et l’endroit se remplit. Est-ce que je dois comprendre que deux heures et demies c’est le temps de la pause. Hommes d’affaires, cyclistes et mécanos, ça nous fait un beau tableau. Il y en a trois qui ont plus de présence que les autres. Ils portent des lunettes fumées, parlent fort et ne se gênent pas à lancer des appels d’un bout à l’autre de l’endroit. Le plus charismatique a le grand sourire, chemise blanche, veston bleu et les cheveux noirs bien léchés vers l’arrière. C’est l’image que j’avais d’un Italien. Classique. Le trio s’installe au bar sans s’assoir et se commande des cafés.

Je finis mon sandwich et bois mon eau petit à petit en regardant le Grand Prix de motocyclettes à l’écran. Bien évidemment, je ne comprend rien de la langue alors je ne fais pas attention aux commentateurs, et encore moins aux conversations. Si c’était le cas, je me serais éclipsé sans faire de vague parce que le trio ne me faisait pas de compliment. Mais bon, je suis resté assis naïvement à téter ma bouteille en attendant mes locateurs pour l’appartement. Ça, c’est le début de la première fois où j’ai tué un homme.

L’endroit se remplit de gens très classes. J’ai l’impression qu’il y a eu un mariage. Je me sens de trop en jeans et mon polar de sport brun. Je me paie une gelato et sors pour apercevoir mes locateurs l’autre côté de la rue. Après leur avoir serré la main, j’embarque en voiture et les suit dans la voiture que j’ai loué. L’appartement n’est pas très loin. Il n’est pas très grand, mais il est pratique. Je vais pouvoir faire mes repas et garder des trucs au frais avec de quitter pour Torento. Je leur remets l’argent et ils me laissent m’installer. Je ne prend pas le temps de déballer, je vais faire un tour en ville. Il n’y a rien de palpitant de mon côté mais de celui de Lucas, c’est autre chose.

Lui et ses deux acolytes ont un compte à régler. Le propriétaire du GPS, bar de paris sportifs, a perdu ses dernières mises et il ne reste plus beaucoup de lousse pour le remboursement. Ça reste un membre de la famille, mais Lucas veut lui donner une sérieuse leçon de vie. L’étranger trapu, il ne l’a remarqué que parce qu’il détonnait dans le décor, mais le cerveau cogite et fait des liens. Il y a toujours moyen d’allier plaisir et affaires en bon sournois.

Je rentre dans l’appartement, une sac noir sur la tête et une douleur sur la nuque. C’est pas mal ce que je me rappelle. Une chaise, la vision embrouillée et la bouche pâteuse. C’est tout ce dont je suis conscient en ce moment. Il me semble entendre un murmure en Italien. Ce n’en est pas un mais je reprends mes esprit alors laissez le temps à mes sens de s’ajuster.

C’est sûr que dans ma tête de scénariste, on pense mafiosi et que j’ai dû faire quelque chose sur leur territoire qui n’a pas plu. Ça pourrait aussi bien être respirer. Je n’en sais rien. Je ne suis même pas attaché. Tu te réveilles assis sur une chaise face à trois inconnus en veston dans une salle lugubre. Tu te dis qu’ils ont une raison de pas trop être inquiet que tu bouges. En effet, je ne bougerai pas. Et si vous pensiez qu’ils vont se mettre, comme dans les films, à me faire des belles menaces phrasées dans un anglais avec un petit accent sexy, vous vous fourvoyez. Ça m’a pris six coups aux côtes et deux à l’estomac pour comprendre qu’ils ne voulaient pas que je prononce un mot. Ça a pris du temps vous dites? Faites le calcul. Tu demandes deux fois ce que tu fais là. Environ quatre à cinq où tu demandes pourquoi ils te frappent ou bien que tu exprimes ta douleur. Et puis, quand t’as juste une pensée à haute voix et qu’il y a un autre coup, c’est là que tu comprends qu’ils veulent que tu écoutes. Les baffes, ça ajoute de l’importance au discours et ton esprit enregistre tout comme il se doit. Donc, je suis silencieux au 6e coups. J’encaisse et je garde les sacres pour mon divertissement personnel. Ils attendent.

La recette est simple et elle a été éprouvé. Lucas se demandait combien de temps ça prendrait. Silence. Ça se voit que ce n’est pas quelqu’un du coin. Ça a pris du temps. C’est Alphonzo qui fait le travail. Il a une bonne main. Silence. Lucas s’approche du jeune et lui parle avec un anglais écorché et comble en italien le manque de vocabulaire. Le petit bronzé a l’air de saisir ce qu’il dit parce qu’il a pâli. Lucas se penche sur le touriste et sort une photo de sa veste. Il lui montre. Le regard paniqué du jeune alterne entre Lucas et la photo. Lucas tend le bras pour prendre la main de son otage, qui la retire derrière son dos rapidement. Une petite claque de rappel. Il lui prend la main et y met la photo. Il sort ensuite un fusil de son pantalon, lui montre brièvement le fonctionnement et qu’il est bien chargé. Il met l’arme dans l’autre main. L’un meurt et l’autre vit. C’est une consigne facile.

***

IMG_1149 C’est la nuit et j’ai cru comprend qu’on était à Castellamare Del Golfo. Je suis bien habillé et accompagné pour la mascarade. Lucas me traîne dans les petites rues et s’arrête de temps en temps dans les petits bistros sur le chemin où il salue des connaissances. Il me présente comme un cousin du Canada venu apprendre la langue. Je suppose que c’est ça parce que, lorsqu’on me met en avant-plan, ils prennent un objet, me le montrent et le nomment. Comme un bon chien, je répète. C’est souvent suivi d’un rire tonitruant. Je pratique mon Italien, c’est pas complètement mauvais.

On s’installe pour vrai dans un bar et on me paie quelques consommations. Ça rit et ça se tape dans le dos. Je n’y comprends toujours rien. Les quelques rares fois où ils s’adressent à moi c’est pour que je parles avec mon drôle d’accent. Ils rient encore. C’est dur de partager un rire quand t’as un pistolet dans la ceinture. Ça ne peut pas tirer tout seul, hein? Le cran de sûreté est mis. Je sais, ça fait quinze fois que je vérifie. Il y juste cinq fois qui comptent vraiment. Le reste, c’est de la nervosité. N’avez-vous jamais regardé votre montre sans voir l’heure? Sur le dernier, Lucas me passe un bras autour du corps et serre solidement. Mon corps se rappel et retient le message.

À suivre…

 


Les sentiers de Beauvais

La légende veut qu’il IMG_1053y ait un sentier dans la forêt. Lorsqu’on l’emprunte, on y retrouverait ce qui serait perdu. Un premier, amputé la guerre, serait revenu avec un nouveau bras. Un autre aurait retrouver un trésor de famille fort chéri.

Ce n’est pas tous les villageois qui découvrait le bon sentier et ceux qui l’avait déjà fait était incapable de répéter le miracle. La nature de l’homme est tel qu’il en veut toujours plus, mais la forêt ne donnait qu’une fois.

Il y avait alors cette jeune femme au cœur brisé. Elle voulait ardemment revivre avec son amour qui l’avait quitté. Sophie était l’une des plus belles du village. Elle donnait de son temps aux plus âgés en leur apportant de la nourriture du marché. Elle y faisait tourner beaucoup de tête mais qu’une seule l’intéressait réellement. C’était le libraire du village. Il avait cette réputation d’avoir réponse à tout. Sophie aimait ces grands airs de connaisseurs. Il semblait au-dessus de tout soucis. Rien n’aurait été à l’épreuve de son intelligence.

Les deux finirent par croiser leur route et la partager. Sophie était aux anges et ne portait plus sur ses pieds. Jamais elle ne s’était sentie aussi bien. Malheureusement, le libraire ne ressentait pas la même flamme pour la belle. Il avait décidé de croiser son chemin avec une autre.

IMG_1048Sophie était brisé. Elle avait pleinement confiance en cette vie et croyait qu’elle serait toujours heureuse. Qu’aucun problème de ne viendrait plus la tourmenter. Elle prit ses meilleurs souliers et se dirigea vers la forêt. Si elle trouvait le chemin, il pourrait lui rendre ce qui lui avait été arraché.

Elle y allait tous les jours et parcourait tous les sentiers qu’elle apercevait. Elle marchait sans jamais trouver ce qu’elle y cherchait. Au fur et à mesures de ses marches, elle se posait des questions sur l’origine du pouvoir de la forêt. Il y avait bien quelques histoires effrayantes que les grands-mères racontaient aux enfants pour éviter qu’ils s’y promènent seuls. Mais il y avait une version qui était la plus reconnue par les villageois.

IMG_1037 On dit qu’il y a longtemps, le prêtre des environs prenait des longues marches dans les bois le matin avant sa messe. Il y trouvait les mots pour inspirer ses paroissiens. Il aimait ces petits passages longés de cours d’eau. Le charpentier lui avait même aménagé un ponceau pour que le prêtre puisse se frayer de nouveaux chemins.

Un dimanche, le prête ne se présenta pas à la messe. Le villageois, inquiets, organisèrent une battue dans la forêt. La recherche dura 3 jours sans trouver trace du prêtre. Seul un enfant avait retrouver le chapelet de celui-ci accroché à une branche. Les gens auraient pu croire à la noyade, mais le corps était introuvable. De là, les rumeurs dirent que l’esprit du prêcheur habiterait le lieu et attendrait les malheureux en quête de réponses. Il leur offrirait alors ce qui leur redonnerait de la joie dans leur vie.

Sophie comptait là-dessus. Elle y marcha chaque jour pour prêt de 5 mois sans jamais obtenir satisfaction. Elle était fatigué par l’attente et par la tristesse qui la rongeait depuis si longtemps. Quand elle croyait son cœur réparer, il se brisait à nouveau lorsqu’elle voyait le libraire avec une nouvelle conquête.

Elle marchait sur un sentier qu’elle savait déjà avoir parcouru. Perdu dans ses pensées, une voix vint la déranger. Elle resta surprise en voyant l’enfant assis sur un tronc d’arbre. « Vous cherchez quelque chose? » Elle acquiesça et lui demanda ce qu’un enfant faisait ici. N’avait-il pas peur de se perdre? « Et bien non, puisque vous êtes là. » Il exprimait une telle candeur qu’il était difficile de lui donner tord.

Sophie s’assit au côté de l’enfant et lui offrit de l’eau. Il avala presque la moitié du contenu de la gourde sans s’arrêter. « Merci, vous êtes gentille. Et belle aussi. » Sophie le remercia et sentit la douce chaleur du compliment faire son chemin.

Les deux discutèrent longuement, jusqu’au couché du Soleil. Sophie était étonné que la faim ne les ait pas ramenés à l’ordre avant. Elle s’excusa de devoir quitter et proposa au garçon de le raccompagner. Il lui dit merci, mais qu’il habitait en sens inverse et qu’il serait plus sûr pour elle d’éviter de faire le chemin du retour à la noirceur. Il dégageait beaucoup de confiance et Sophie n’eut aucun doute qu’il serait sain et sauf. Ils se serrèrent dans leur bras et l’enfant partie aux pas de course chez lui.

La belle rentra chez elle paisiblement au leur du crépuscule. Le lendemain, elle n’alla pas à la forêt. Après 5 mois de marche, la foi n’était plus aussi forte. Ce n’était qu’une légende.

Sophie se rendait au centre du village acheter des œufs et du pain. Sur la route, elle croisa le curé et s’arrêta pour discuter. Elle prit les dernières nouvelles des environs. Avant de se laisser, elle lui demanda s’il connaissait une famille habitant le côté opposé de la forêt. Elle voulait s’assurer que l’enfant avait bien retrouver son chemin. Il lui répondit que personne habitait le secteur avant plusieurs âcres. Était-elle tombée sur la tête?

Elle essaya de chasser les mauvaises pensées et décida qu’elle irait voir d’elle même plus tard. Elle repartit, panier à la main. Elle acheta son pain et ses œufs en rendant le sourire au jeune commerçant. Il était charmant. Elle sortit et vit plusieurs jeunes hommes se retourner sur son passage et ressentit de nouveau une douce chaleur. Sans plus d’explication, elle sut. Elle sut qu’elle avait trouvé le chemin. Elle comprit. Elle comprit que ce qu’elle avait perdu n’était pas un amoureux.

IMG_1056Sophie ne retourna que quelques fois marcher dans la forêt en espérant revoir le petit garçon. Lui dire merci ou, d’un simple échange de regard, lui faire savoir qu’elle été heureuse d’avoir retrouvé cette confiance en elle.

On ne peut connaître l’objet de la quête avant de le trouver. En cherchant   de l’argent, l’un peut se voir guérir d’une infirmité pour la mériter. L’autre pourrait apaiser un deuil avec un objet qui lui est cher. En cherchant de l’inspiration, un homme au service des autres pourrait retrouver sa jeunesse.

Et être le premier vu ne veut pas nécessairement dire être le premier venu.


Hermandez

Hermandez rentre au dortoir. Il est 3 heures du matin. Il balance son manteau dans un coin et prend à peine le temps d’enlever ses souliers avant de se jeter sur son lit. Il s’endort.

***

Le réveil est un peu brutal. Son voisin du dessus descend du lit et se change sans discrétion. Hermandez regarde l’heure en espérant rabrouer le fautif, mais il remercie le ciel de l’avoir sorti des songes. Il aurait manquer le train et, de fait, son vol. Il se redresse lourdement. En voyant celui-ci se lever, le chambreur se sent dans le besoin de parler. Il s’informe de ce qu’il fait et d’où il vient, en anglais. Herman comprend l’anglais mais décide de répondre en espagnol. Mierda, il le relance.

Herman a une voix basse qui porte loin. Ça le rend mal à l’aise. Il entend déjà les autres voyageurs gigoter sous leur couverte. À 6h du matin, ça ne fait pas des heureux. Il a beau essayer de chuchoter, ça ne fait pas l’affaire. Il va sous la douche et s’achète la paix. Ses derniers moments à Paris avant le retour en Argentine. Il a hâte et pas en même temps. Il interrompt son tour de l’Europe pour retrouver son ami en phase terminale.

La fête d’hier, c’était pour atténuer son mal. Quand on n’a pas de proche on se trouve des amis internationaux et on se confie sans crainte. Un peu trop reconnaissant, il a payé quelques tournées d’une liqueur de chez lui. Ses camarades de boissons l’ont bien sûr remercié en rendant la pareille. Il tient bien le coup pour un chevelu poivre et sel.

Il se brosse les dents et il a deux maux qui le rongent. C’est bien. Un explique l’autre.

Il sort de la salle de bain et le bavard s’y remet déjà. Il n’est pas mécontent, l’autre s’intéresse à lui. C’est bien les gens qui s’informent. Il a une belle empathie et elle surpasse l’obstacle de la langue. La conversation n’est pas longue, mais il raconte qu’après la perte de son emploi, il avait besoin de découvrir de nouvelles choses. Après avoir perdu sa dernière conquête, c’était dur de côtoyer les familles de son entourage. Il apprécie la compagnie ce matin, même si elle n’était pas désirée. Ils se serrent la main et se disent au revoir.

Dans l’avion, il repense à ses dernières 24 heures. Des moments comme ça, il en a eus pleins dans les derniers mois. Mais, les dernières rencontres auront eu quelques choses de différent. Malgré la courte durée de celles-ci, il a pris le temps de dire au revoir.

On n’a pas toujours l’occasion de le faire.